Chasses au “leurre” : la supercherie

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L’abolition prochaine de la chasse à courre dans notre pays pose une série de questions techniques qu’il convient d’étudier avec sérieux. L’une d’entre elles concerne ce qu’on peut appeler les alternatives à la chasse à courre : les chasses au « leurre ». Voici une synthèse des informations disponibles à ce sujet, basée sur de la documentation internationale ainsi que des éléments historiques.

Les chasses au « leurre »

Ce qu’on appelle chasse au leurre peut se résumer à deux catégories, deux appellations distinctes mais dont les frontières sont, comme nous le verrons au cours de cette étude, opportunément floues et variables.

• Le drag hunting (« drag » signifiant « traîner ») a été inventé en Angleterre au tout début du XIXe siècle et servait d’entraînement à la cavalerie militaire royale. Il s’agit de faire suivre une piste olfactive à une meute de chiens, à travers un parcours champêtre censé procurer un challenge sportif aux participants à cheval, comparable à une épreuve de cross. Le leurre est réalisé à partir d’un mélange constitué historiquement d’une solution anisée et de restes d’animaux (comme des abats ou des excréments), même si les adeptes du drag affirment aujourd’hui utiliser une solution entièrement artificielle. L’odeur est répandue une vingtaine de minutes avant le départ par un valet de l’équipage, à pied, sur plusieurs parcours de 20 à 30 km en tout. L’apparat et les codes sociaux autour de cette pratique sont les mêmes qu’à la chasse à courre. C’est un loisir qui possède une vraie tradition dans certains pays (en Allemagne, en Italie), les équipages étant même parfois organisés en fédération, parallèlement à celles, distinctes, de la vénerie. En Angleterre, il s’agit de la « Masters of Draghounds and Bloodhound Association » (MDBA).
Nous reviendrons un peu plus loin sur cette pratique et sur la manière dont les chiens peuvent être récompensés en fin de course.

• Le trail hunting (« trail » signifiant « piste ») est quant à lui une appellation inventée tout récemment, au moment de l’abolition de la chasse à courre en Angleterre en 2004, et qui n’existe, pour le moment, que là-bas. Si en théorie, peu de choses la distingue du drag, elle est axée sur une reproduction la plus fidèle possible de la chasse à courre. Les équipages qui se revendiquent de cette appellation sont en fait les anciens équipages de vénerie. Le but avoué de cette pratique de « transition » est de conserver l’infrastructure de la chasse à courre en état de marche (tout particulièrement l’entraînement des chiens) en attendant la restauration espérée de leur loisir.

Le Hunting Office décrit cette pratique ainsi :
« Depuis l’adoption du Hunting Act de 2004, beaucoup d’équipages souhaitant maintenir leur infrastructure, leur meute, leurs membres et leurs activités, ont pu continuer de chasser en suivant les modifications apportées par la loi par le biais du trail hunting. Afin de faire perdurer l’héritage et les traditions de la vénerie, très peu de choses ont changé en ce qui concerne les chenils, les redingotes et la terminologie de chasse utilisée, et ainsi, de manière globale, les scènes de chasse ont gardé l’attrait des siècles passés. »

En effet, presque rien ne change. Les déterreurs de l’équipage (qui interviennent avec leurs terriers lorsque l’animal se cache sous terre) sont d’ailleurs toujours là, et ont affublé leur quad d’un dispositif permettant de laisser échapper le liquide qui tracera la piste, issu de restes de renards ou de lièvres (des carcasses bouillies, ou plus généralement, de l’urine) selon l’animal chassé. L’objectif, là encore, est de maintenir l’entraînement des chiens dans la traque de l’animal de prédilection de l’équipage. Contrairement au drag, l’odeur est déposée sur un parcours qui serait naturellement emprunté par l’animal, augmentant considérablement les attaques « accidentelles ».
Selon les associations britanniques de défense des animaux, qui suivent de près l’application de la loi d’abolition, il s’agit surtout d’une couverture pour continuer de chasser illégalement à courre. Il existe en effet bon nombre de subtilités qui permettent aux équipages de continuer à tuer des animaux lors de ces sorties tout en évitant les sanctions, comme nous pourrons le voir plus loin.

Tout ceci explique les inquiétudes de la MDBA (la fédération de drag hunting), vis-à-vis de cet « engouement » pour la chasse au leurre juste après l’abolition de la chasse à courre. Les instances du drag, souhaitant à tout prix ne pas entacher leur nom, ont tout fait pour maintenir une distinction et protéger leur loisir :
« Quand la loi est entrée en vigueur, la MDBA a eu peur que des chasses à courre illégales, tenues sous couvert de suivre une piste olfactive artificielle, puissent avoir un effet néfaste sur le sport qu’est le drag hunting. Pour éviter que la réputation de leur sport en pâtisse, la MDBA a insisté sur le fait qu’elle devait rester la propriétaire exclusive du terme drag hunting. » (source)

C’est ainsi que l’appellation trail hunting est née pour accueillir les chasseurs à courre.

 

L’expérience anglaise : un avertissement

L’abolition de la chasse à courre en Angleterre fut un événement retentissant dans le pays, satisfaisant le mouvement de protection animale qui s’était cristallisé autour de cette question depuis les années 1960, mais inacceptable pour les veneurs, qui sont allés jusqu’à envahir le Parlement anglais pendant les débats. Néanmoins, les faits montrent rapidement que l’éléphant avait accouché d’une souris. Tony Blair, alors Premier Ministre du Royaume-Uni, qui ne cache pas son malaise à ce sujet, décrit sa propre loi en ces mots amers dans son autobiographie « My Life in Politics » : « Au final, nous sommes arrivés à un compromis à l’anglaise : l’interdiction de la chasse à courre s’appliquait de telle manière que, si certaines mesures étaient prises pour éviter de faire souffrir l’animal au moment de le tuer, elle était autorisée. Elle est donc interdite, et en même temps, pas complètement. ». Il y décrit également le Hunting Act comme « l’une des mesures nationales qu[‘il] regrette le plus ». Pendant les débats parlementaires, il a lui-même soutenu un amendement (finalement rejeté) qui aurait exempté certains équipages de l’interdiction.

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Dès l’adoption du texte de loi en 2004, les veneurs s’organisent pour faire face à ce qu’ils ne considèrent que comme une parenthèse : rejetés par la fédération de drag hunting, ils mettent en place le trail hunting que nous décrivions plus haut, et reprennent leurs activités.

Les associations opposées à la chasse à courre, présentes sur le terrain, dénoncent très vite la supercherie : cette chasse au « leurre » n’est qu’un écran de fumée pour couvrir des chasses illégales.
Et c’est d’ailleurs un sous-entendu constant dans toutes les publications de l’époque côté pro-vénerie. En 2005, soit quelques mois à peine après l’abolition, la Countryside Alliance publie par exemple un véritable didacticiel intitulé « Comment continuer à chasser à courre. Manuel de chasse à courre ». En voici un extrait :

« Trail hunting
Toute forme de chasse au leurre devrait être encouragée et vue comme une mesure permettant d’entraîner les chiens et offrant une activité aux adeptes de la chasse à courre durant cette interdiction “temporaire”. Le terme “drag hunting” doit rester la propriété de la MDBA. Notre pratique ne doit pas être confondue avec la leur. Il convient que les équipages coopèrent avec leur équipage de drag local et ne créent pas de rivalité. Le trail hunting est la poursuite d’une piste olfactive répandue par l’Homme, de manière à simuler le plus fidèlement possible la pratique traditionnelle de la chasse à courre. […]
Trail hunting et Relations publiques
– Le trail hunting n’est d’aucune utilité pour les exploitants agricoles (ndlr : contrairement à la chasse à courre qui est vu comme un service rendu gratuitement, tuant les renards et blaireaux, considérés comme nuisibles) et ne contribue pas à la gestion de la faune sauvage ni à la conservation des habitats.
– Il s’agit d’une mesure temporaire qui nous est imposée par le Hunting Act et qui est nécessaire au maintien de l’infrastructure de la chasse à courre.
– Cette pratique assure la survie des meutes sur le moyen terme en maintenant leur entraînement et leur moral.
– Les chiens continueront de chasser l’odeur de leur proie habituelle tout au long de cette interdiction temporaire afin de conserver leur créance sur leur animal. »

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En décembre 2015, l’association IFAW publie le rapport « A Trail of Lies » (« Une traînée de mensonges ») qui traite spécifiquement de cette question. Celui-ci référence 438 chasses où aucun leurre n’est constaté sur 443 chasses surveillées, et 590 affaires de chasses à courre illégales (s’étant soldées par la traque et la mort d’animaux sauvages) renvoyées devant un tribunal. À chaque fois, il s’agissait d’« anciens » équipages de chasse à courre « reconvertis », et dans plus de la moitié des cas le trail hunting était utilisé comme alibi. Un échantillon des condamnations et des défenses des prévenus est également disponible ici.

En 2020, une infiltration lors d’une série de séminaires privés a révélé une conspiration généralisée des chasseurs au « leurre » pour couvrir des vraies chasses illégales. Maîtres d’équipages et agents de police à la retraite y expliquent en long et en large comment contourner la loi et tromper les juges. Cette révélation, confirmant les dires de longue date des lanceurs d’alerte, a conduit plusieurs grands propriétaires terriens anglais à suspendre l’accès aux équipages de trail hunting sur leurs terres.

En somme, quel que soit le côté d’où l’on se place, l’abolition de la chasse à courre en Angleterre est considérée comme un fiasco. Les veneurs ont toujours maintenu l’espoir d’une restauration de leur loisir, et la loi telle qu’elle est rédigée leur permet amplement d’y croire et de continuer à chasser en attendant l’abrogation. Theresa May, récente Première Ministre du Royaume Uni, avait par exemple remis la question de cette restauration sur la table, comme le fait le Parti conservateur avant chaque élection générale.
Les opposants, eux, appellent à durcir la loi sur plusieurs points afin de faciliter son application concrète. Certains réclament la dissolution des associations de trail hunting ou leur conversion complète en équipages de drag hunting, mais ils demandent surtout des précisions dans la loi pour limiter les contournements qu’offrent le trail. En Écosse, où la chasse à courre est abolie depuis 2002, les législateurs et les associations tentent aujourd’hui de combler des failles similaires, comme en 2016 lors de l’examen de la loi par Lord Bonomy, en proposant notamment de limiter davantage le nombre de chiens utilisés.

C’est en tous cas pour nous Français une expérience très riche d’enseignements, dans le cadre de notre propre chemin législatif. D’autant plus quand on connaît les liens directs qui unissent les veneurs français et anglais. En 2004 déjà, ils étaient 40 000 Français à faire le déplacement à Londres pour manifester contre l’abolition aux côtés de leurs homologues britanniques. Toute leur stratégie de défense ces dernières années est directement copiée sur le modèle anglais, des mots d’ordre jusqu’au « service d’ordre » engagé pour empêcher, quoiqu’il en coûte, les gens de filmer leur pratique. Comme on peut d’ailleurs le voir sur cette archive de février 2020 d’un groupe de hunt saboteurs (en noir), un communicant de la Société de Vénerie française (à droite) a fait le voyage pour prêter main forte au service d’ordre protégeant l’équipage Warwickshire Hunt, dont les chasses illégales et les agressions contre ses opposants sont connues.

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Tout comme chez nous, l’équipage est pourtant coutumier des chasses sur les voies ferrées, au milieu des routes, dans les villages, jusque dans les cimetières, un détail qui ne semble pas empêcher les bonnes relations entre les veneurs des deux côtés de la Manche.

 

En France : le « Pau Hunt »

Chez nous, la chasse au leurre n’a jamais véritablement pris racine culturellement malgré plusieurs tentatives d’importation, et il n’existe actuellement qu’un seul équipage de drag en exercice : le « Pau Hunt ».
En 1814, à l’occasion de l’invasion anglaise et de la venue du duc de Wellington, un équipage de chasse à courre est fondé dans le Béarn et sert d’entraînement aux militaire de la colonie britannique. Il prend une forme officielle en 1840, porté à bout de bras par le « Cercle Anglais de Pau », dont tous les maîtres d ‘équipage doivent être membres. En deux siècles d’existence, seuls cinq Français ont accédé à ce titre.

Le Pau Hunt se revendique comme un équipage mixte, c’est à dire pratiquant la chasse à courre au renard aussi bien que celle au leurre, les deux pratique étant interdépendantes

« Il y a chaque semaine, 3 chasses de renard et un drag. On fait des drags quand les renards diminuent, la peau du renard fut longtemps traînée par le béarnais Peyré qui s’acquittait fort bien de sa mission. » (source)

Comme de nombreux chasseurs à courre standards, leur discours met en avant l’équitation avant la chasse elle-même, mais le peu d’images qui ressortent de cette pratique montrent plutôt des chevaux en difficulté sur des obstacles naturels inadaptés, pour le plaisir de leurs cavaliers.

En 2018, une ancienne invitée de cet équipage nous a livré un témoignage direct assez instructif :
« Il y a quelques années, j’ai été invitée à participer au premier drag de la saison, dans le courant du mois d’octobre.

Cette invitation venait de membres de ma famille. Pour me convaincre, ils m’ont expliqué qu’il s’agissait simplement de suivre à cheval une meute, lancée sur une piste artificielle, le but étant de sauter des obstacles naturels : talus, haies, fossés…. Vu comme ça, c’était plutôt sympathique : j’ai suivi avec enthousiasme dès le samedi suivant ! J’étais beaucoup moins joyeuse quand, à la fin de la chasse, on m’a remis le « mask », c’est à dire la tête du renard tiède et sanguinolente. Il parait que c’est un honneur. Et bien sûr, on m’a invitée aux chasses suivantes. Pas le choix, refuser aurait été un drame familial, j’ai dû continuer.

Ça a été l’horreur à la vue des chiens et des chevaux mal entretenus, de l’horreur du renard massacré à la fin. Mais, soyons honnête, pas toujours un renard : quand le stock était insuffisant, il était remplacé par un lapin dont on avait trempé les pattes dans le fumier de renard ! Mais ça a eu au moins l’avantage que j’ai pu voir de près comment les choses se passaient.

Les renards : ils sont capturés vivants au terrier par des chasseurs locaux qui les revendent au Pau Hunt. Ils sont alors entreposés dans un vieux box, dans le noir : ils peuvent y rester des semaines. Ils servent à produire le fumier qui servira à confectionner la boule puante traînée par un « dragueur » pour faire la piste artificielle. Ils servent surtout de récompense pour la meute : le samedi, un renard est extrait du box, jeté dans une cage de transport et lâché quelques instants avant l’arrivée de la meute à la fin de la piste. Ébloui, terrorisé, épuisé par des semaines d’enfermement, il est vite rattrapé par les chiens et littéralement dévoré vivant. Le master a juste le temps de se jeter dans la mêlée pour lui couper la tête et la queue (les récompenses).

Les chiens : de mon temps, la meute était dans un triste état, nourrie de déchets, de têtes et de pattes de volaille. Parfois ils n’arrivaient à sortir à la chasse qu’une demi-douzaine de chiens, les autres étant en trop mauvais état.

Les chevaux (ils étaient tous la propriété personnelle des membres, au contraire des chiens) : même si j’ai vu de beaux et bons chevaux bien soignés et bien montés, le plus souvent ils sont issus des courses, pas ou mal dressés, pas entretenus. La chasse démarre traditionnellement à 12h30, elle dure environ 2 heures, au galop, à sauter de gros obstacles sur un terrain d’hiver souvent très lourd. Après ça les chevaux, pas entraînés, mal montés, souvent pas tondus donc dégoulinant de transpiration, sont chargés dans les camions. »

Cet exemple unique de chasse au leurre en France nous permet d’observer plusieurs points importants. La porosité et l’interdépendance de cette chasse au leurre avec la vraie vénerie est inquiétante et pourrait laisser entrevoir des dérives à l’anglaise.
Surtout que le trail hunting comme le drag hunting n’ont que très peu d’attrait pour les veneurs de notre pays tant que la vraie chasse à courre y est légale.

 

Pourquoi les veneurs chassent-ils ?

Certaines voix se proposent de convaincre les veneurs de « passer à autre chose », de continuer leur pratique en se passant de la mort d’un animal sauvage, tout cela par le biais de la chasse au leurre. Or, cette pratique, qui existe depuis plusieurs siècles, parallèlement à la vénerie, qui a connu de nombreuses tentatives d’implantation en France, n’a pourtant jamais intéressé les chasseurs à courre. Comment l’expliquer ? Pourquoi le seul équipage de « drag » de France chasse t’il aussi à courre quand il le peut ?

Il faut, pour bien saisir cela, entrer dans le raisonnement du veneur.

Contrairement aux discours bucoliques répétés à l’envi, le cœur de la chasse à courre n’est pas la ballade à cheval, ou l’« amour des chiens », même si cela peut-être des portes d’entrée détournées pour certains. Ceux-là, quand ils sont intéressées par la vénerie, ne participent qu’autour d’un noyau dur organisateur dont l’intérêt est tout autre : ceux qui chassent pour chasser. Il s’agit de ceux qui portent en héritage l’idéologie de la chasse à courre dans tout ce qu’elle a de spirituel, de mystique.

Car ce qu’il y a au cœur de toute cette pratique, c’est une vision idéologique de la Nature et de la vie, portée par une certaine partie de notre société. Pour simplifier, les veneurs vantent leur pratique comme une célébration de la prédation, de la vie comme une compétition, avec une dose de sacré. Toute cette vision transparaît clairement dans l’ouvrage du couple Pinçon-Charlot, réalisé en immersion avec les veneurs, mais aussi dans la documentation interne à la Société de Vénerie. Pour s’en faire une idée sommaire, voici quelques citations récentes à ce sujet.

« La faune sauvage se répartit en deux catégories, les proies et les prédateurs. »
Antoine Gallon, porte-parole de la Société de Vénerie (source)

« Leur vie [celle des animaux chassés à courre] n’est pas faite pour mourir de vieillesse. Leur vie, c’est de vivre suffisamment, et après d’être pris par le sauvage. »
Un veneur de l’équipage Haut-Poitou (source)

« Pour leur garantir la seule [condition] qui leur convienne, celle d’animal libre, ils doivent en payer un prix qui n’est autre que l’impôt du sang. »
Xavier Legendre, Commission Animal & Écologie de la Société de Vénerie (source)

« La nature est cruelle, il n’y a de la place que pour les forts, et c’est peut-être pour cela qu’elle se porte bien. »
Olivier de Rouillerie, Commission Animal & Écologie de la Société de Vénerie (source)

En chasse à courre, tout est orchestré et codifié autour de cette vision, et logiquement, elle ne sera pas satisfaite sans traque et sans mort. Un rapprochement peut aussi être effectué avec la corrida, qui, sans le spectacle d’un vrai animal luttant pour sa vie, n’aurait pas le même attrait pour ses aficionados.
Ces gens, qui consistent en le noyau dur de la vénerie, ne sont pas sensibles aux pseudo chasses et aux alternatives « soft », dont ils ne manquent jamais de moquer les avatars, comme cette proposition de « robot-gibier » à l’automne 2020 pendant les débats sur l’interdiction de la chasse à courre. Les veneurs allemands, privés de leur passion depuis l’abolition de 1952, et qui doivent se satisfaire du drag hunting, disent regretter la « vraie » chasse à courre et avouent venir la pratiquer en France dès que possible.

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Notre position

Ces décennies d’expérience dans des pays voisins, l’étude du seul équipage au leurre chez nous et l’observation au microscope de la vénerie française nous permettent donc de tirer des conclusions pratiques.

• Tout d’abord, la riche expérience de nos voisins en matière de chasse au leurre nous apportent des données essentielles qu’on ne peut balayer d’un revers de la main. Les « prises accidentelles » d’animaux sauvages trop fréquentes, leur utilisation systématique comme couverture pour des chasses illégales et enfin leur aide au maintien de l’infrastructure de la chasse à courre en font une pratique difficilement défendable.

• De l’étude du seul équipage au leurre chez nous, nous tirons cette autre évidence : s’il existait une demande chez nous pour des alternatives à la chasse à courre sans effusions de sang, elles connaîtraient d’ores et déjà du succès, or force est de constater que ce n’est pas le cas. De plus, l’absence d’une fédération solide ayant le contrôle sur la pratique de leur loisir, à l’image de la MDBA anglaise, fait peser le risque d’un détournement massif par les chasseurs à courre une fois leur propre loisir aboli.

• Et enfin, notre observation constante de la vénerie française doit être prise en compte. L’État français a plusieurs fois tenté de légiférer directement pour limiter la chasse à courre : interdiction des relais de chiens pendant la chasse, interdiction de tuer un grand animal en zone habitée, limitation du nombre de chiens lâchés à soixante, etc. Mais à chaque fois, ces décisions ont non seulement étaient prises en accord avec les veneurs (qui ainsi ne faisaient qu’inscrire dans la loi les règles historiques de la vénerie), mais elles ont pu être contournées et les incidents continuent de se produire sans être sanctionnés.

C’est donc une évidence, la chasse à courre est une pratique irréformable, et qui, même interdite, cherche constamment des moyens de se maintenir. Le sentiment de toute puissance des veneurs est désormais légendaire, et après tout, ils ont bien survécu à la 1ère abolition de 1789. Faire disparaître l’infrastructure des équipages est donc un enjeu majeur. C’est dans ce cadre que la question des pratiques permettant le maintien détourné de la chasse à courre se pose, si nous voulons éviter une situation intenable à l’anglaise.

Pour toutes ces raisons, AVA prend formellement position pour l’abolition stricte de la chasse à courre mais aussi d’une régulation plus stricte de la chasse au leurre. Nous sommes heureux de pouvoir fournir aux parlementaires des documents ainsi que des pistes concrètes pour élaborer ensemble une loi solide et pérenne, pour les animaux, pour la sécurité des habitants des campagnes et pour notre civilisation en général.

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